Meet the Artist: Reuben Sivillya of Wooden Art Judaica (FR)

© Wooden Art Judaica

Parlez-nous un peu de vous et de votre parcours.

Je suis né il y a 63 ans en Amérique du Sud. J’ai exercé de très nombreux métiers et pratiqué différents artisanats. Lorsque j’avais 17 ans, je me suis embarqué dans la marine marchande et j’ai voyagé dans le Pacifique et dans l’Atlantique Nord. Un jour, je suis parti pour l’Europe. J’ai vécu quelques années à Strasbourg, puis j’ai décidé de m’installer en Israël, où j’avais toujours rêvé de vivre. Immédiatement, je m’y suis senti comme chez moi. Dans un premier temps, j’ai contribué à la rénovation de la vieille ville de Jérusalem tout en étudiant à la yeshiva Midrash Sefaradi. Puis, inspiré par la beauté de cette ville et l’atmosphère extraordinaire qui y règnent, j’ai commencé à fabriquer et à vendre mes premiers objets d’art. Depuis que je suis revenu en France, j’ai décidé de me consacrer entièrement à ma passion. C’est devenu ma façon de vivre.

Qu’est-ce qui vous a inspiré pour devenir artiste?

Quand j’étais petit, j’étais doué pour le dessin à l’école : j’ai remporté des prix qui m’ont encouragé à cultiver ce talent. J’ai commencé à travailler comme artisan grâce aux conseils de mon père, qui tenait à nous préparer à exercer de nombreux métiers, surtout manuels : c’est ainsi que j’ai appris la ferronnerie et la menuiserie. Je me souviens qu’adolescent, je travaillais déjà le cuivre, le bronze, l’argent et je fabriquais de modestes bijoux que mon frère et moi offrions aux filles ! Mais c’est après bien des années de carrière dans la marine et des pérégrinations, à mon arrivée à Jérusalem, que j’ai ressenti l’envie de me consacrer vraiment à l’art.

Quelle est votre spécialité?

Je fabrique des beth mezuzot. Le bois est mon matériau favori. J’aime travailler toutes sortes d’essences d’arbres et j’y associe parfois d’autres matériaux, comme la nacre et le cuivre.

J’aime aussi beaucoup travailler le fer, les métaux en général et j’envisage d’y revenir bientôt.

Comment et où travaillez-vous?

Je suis installé en France, à la campagne. J’ai un grand atelier où je travaille toute la journée. J’apprécie ce calme, ce sont des conditions idéales pour se concentrer. J’écoute toujours des cours de Torah pendant que je travaille : c’est une source d’inspiration essentielle pour moi.

Quel est l’élément le plus indispensable dans votre atelier?

Je ne pourrais pas travailler sans ma scie à chantourner, à laquelle je tiens beaucoup: elle me permet de découper toutes les formes possibles, elle est magique ! Mais j’aime aussi travailler la matière avec des outils de précision, comme ma fraiseuse Dremel. Et bien sûr, je considère que mes mains sont mon outil le plus précieux!

Où prenez-vous votre inspiration? Vous poursuivez des thèmes?

Je suis inspiré par le fait d’accomplir une mitzva en fabriquant des beth mezuzot, je suis heureux de consacrer mon temps à la création d’objets reliés à un commandement divin.

Je suis aussi fasciné par l’architecture : les silhouettes des maisons de Jérusalem m’ont fasciné quand je suis arrivé en Israël. Ayant longtemps vécu à Strasbourg, j’aime aussi beaucoup le style alsacien, ses colombages. C’est pourquoi j’ai décidé de créer des beth mezuzot reproduisant des maisons en modèle réduit, sans toutefois que ces modèles existent tels quels dans la réalité : pas de photos ni de dessins préalables, les mezuzot se créent au fil de mon travail. La part d’improvisation est prédominante. Pour l’instant j’ai créé trois collections différentes, toute avec leur style propre : Strasbourg, Boukhara, Prague. Une quatrième collection, Abstract, est la seule à ne pas s’inspirer de modèles architecturaux.

Sur quels projets travaillez-vous actuellement?

Je mets actuellement la dernière main à ces quatre collections pour les exposer à Paris en janvier. Je réfléchis à une nouvelle série de beth mezuzot auxquelles j’intégrerai des pièces de métal, bronze et cuivre.

Quel est votre article préféré dans votre collection actuelle?

La pièce que je préfère appartient à la collection Prague : je me suis inspiré des tableaux des artistes russes et slaves comme Chagall, qui donnent une vision si poétique du réel, avec leurs courbes aériennes fantaisistes et leurs édifices qui défient de façon un peu folle les lois de la pesanteur.

Comment savez-vous quand une pièce est finie?

J’ai l’impression qu’une pièce n’est jamais terminée ! Je me fais violence pour arrêter de les travailler et de les retravailler car je voudrais toujours patiner encore, adoucir un angle ou ajouter un ornement.

Parfois, néanmoins, la pièce elle-même donne le signe qu’elle est achevée, lorsqu’elle satisfait entièrement l’œil.

Faites-vous un travail sur mesure?

Oui, bien entendu, certains clients me demandent parfois de m’inspirer d’une photographie ou d’utiliser tel ou tel matériau, de créer des beth mezuzot de telle ou telle taille, pour telle ou telle pièce.

Quelle est la première œuvre d’art que vous avez vendue?

Lorsque j’étais en Israël, j’ai vendu mes premières beth mezuzot à un touriste américain qui est passé dans mon atelier. Il a tellement aimé mon travail qu’il les a presque toutes achetées. A l’époque, j’utilisais l’ébène, la nacre et l’argent. C’est lui qui m’a recommandé de les déposer dans une bijouterie de Jérusalem. Je le remercie car c’est grâce à lui que j’ai pris la décision de me consacrer entièrement à ce qui n’était alors qu’un hobby.

Sur quel projet avez-vous eu le plus envie de travailler jusqu’à présent?

J’ai créé il y a quelques années une hanoukkia en fer forgé de plus de 2 mètres de haut à la demande d’un commerçant de la rue des Rosiers à Paris : les dimensions de l’objet, très inhabituelles pour moi, m’ont permis de travailler à une autre échelle et cela m’a beaucoup plu. J’espère avoir d’autres occasions de ce genre dans le futur.

Mais le projet que je préfère est toujours cela qui n’existe pas encore, celui que je porte en moi pendant des semaines, des mois, des années, avant de m’y consacrer dans les faits.

Que voulez-vous accomplir avec votre travail et quels sont vos souhaits pour l’avenir?

J’aime l’idée qu’une beth mezuza soit unique et faite à la main. C’est un objet très symbolique de notre appartenance à une communauté. Il abrite une bénédiction pour la maison et tous ses occupants, il mérite donc d’être fabriqué avec des intentions pures et choisi avec attention et discernement. Selon moi, dans l’idéal, chaque mezuza devrait être différente et adaptée aux habitants de la maison.

Pour le futur, j’aimerais pouvoir vivre de mes créations, travailler des bois précieux et créer une nouvelle collection de mezuzot en métal inspirée du mouvement steampunk.

Où pouvons-nous trouver votre travail?

Voici le lien de mon site, où l’on trouve les photographies et les références d’un grand nombre des beth mezuzot de mes quatre dernières collections: Wooden Art Judaica

Je suis également présent sur le réseau Instagram: @woodenartjudaica

Enfin, j’ai une boutique sur Etsy.

© Wooden Art Judaica

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